AMINA M

Lambert savigneux


je chante une morna sans répit c’est que l’alizé qui enlace l’océan

la grogne furieuse semble rieuse à la dentelle de la mer
parfois la vague comme un mur s’élève et c’est le cri

soudain la masse cogne et se soulève violence
ultime le choc évanoui le baiser soyeux de l’eau au sable

la danse enjouée hante la détresse inavouée d’un frétillement insolent


en déhanché la caresse hypnotise l’eau au rivage

déchirement subtil du décolleté et ceux des tambours de rage

répons de vagues la voix rauque ramène le souvenir à la terre

au loin le sel épars éparpille l’horizon


la voile au loin sari
s’enroule femme éternellement au flanc de l’eau
le regard couché sur le couchant

l’entre-deux eaux

fuse en fugue de l’air
la chaleur bat aux tempes


cette envie de danser pieds nus sur le rouge et se fendre en bleu pour un peu plus de vent vert

s’étendre

en gué de rire

en opposition farouche

morna , je dis ton nom



farine d’étain

l’am au mor,ne

blanc nuit mer ….le ciel est ombre

partir
la légèreté gracieuse de l’ile

et la courbe féline de celle qui mord au coeur


elle
enrobe son charme comme
le lierre mord à l’arbre
creuse le sillon d’une parure


baiser

farouche la beauté


obstinée

n’a qu’une peau elle rappelle l’eau

au matin


la grève met en regard
sur le lointain


bouche sur le proche

proche
lointain quand s’ouvre
le proche quand lointain


c’est aussi

l’ile

à laquelle il faut revenir

revenir



ces deux mots en ressac
morna ou morne

les ailleurs partent de l’ile et il en revient


quitte

à attendre face à l’océan
témoin
qu’il n’est pas d’ailleurs sans ici


même ile
reste la pauvreté
et la désespérée
preuve de la frontière

dans le regard la main d’une ombre qui fuit

la nuit
car c’est la nuit que les pieds voient…



Amina


Amina, c’est le nom que je te donne,
sa farine touche à toutes les rives, je n’ose les dire

la peau s’éclat soie noire
comme nuit au soleil, elles pourraient disparaitre


ce n’est que fruit et fleur
abeille mutine à rive d’elle
une carte marine
charme
sombre
la profondeur océane


les plis de la bouche touchent au bords de l’ébène
cœur mûre
l’œil serré
la peau brune
les veines d’un noir bleu de lave



lisses
tes cheveux ramenés comme deux mains
saisissent le ciel

geste alangui
ce rouge carmin s’accorde à la pigmentation



isthme
le ciel déferle bleu
profond
comme la mer
rouge fébrile
ou tes vagues murmurent un séisme


entre les émeraudes qui te sont
seins
azur opale
retombe la courbe en frisson
tes doigts
presque en frôlant se joignent
éparpillent le parfum


la magie rose âpre violette mendiante de la journée
tu viens luisante
unissant ton et son

un coin de chaleur entaille le malheur
illusion et connivence de la beauté


Amina
ce bref instant s’épelle de toutes les voyelles
sève et âme
murmure
salve douce et eau qui gronde



tu te répands pollen aux sourires de l’air
tu te vagues si vert au creux si tendre
bleu profond transe de la peau

marine à fleur de vent
l’humain aspire en sève
femme le brun rappelle l’eau à la terre
elle
baiser
elle
gouffre en peau


elle
une brise rappelle les lèvres
enroulent le poids au seuil des yeux
mer elle aussi fleuve

en brin sur l’éclat calme
profond
qui te regarde embrasant

elle
Amina


la tige ploie

comme ces brindilles d’eau
qui feu se survivent en lac
immanquablement
l’horizon est fusion
d’une ligne violette
entre les deux bleus



qui en frémissent
qui se rejoignent
je disparais
et dire
revient
bouleverser l’ordre


d’indicible volcans souterrains
juste une ride comme une lèvre au coin des lèvres


les ailes papillons
en déchirement sismique
de brin en brin
incrédule
l’herbe brune
embrun comme la rosée
silencieusement
promettent la tendresse


vert
la tendresse
dure

améthyste rouge
rouge

rouge
Cabo verde



rouge rouge cendre
rouge vert de lave

au large
sur le bleu
rouge teint
rouge fin
rouge reins


rouge

brun de seins
eau de sang

et le noir
clos
le socle de l’eau

ùclàt



rouge
pétale
rouge
tendresse
rouge
rose
robe bleue
le flot
rouge
garance
la radiance lisse



en éclats de rien
le cercle des verts
l’émeraude s’ajoure
à l’opacité

violet de mort


sur mon cou l’éclat cramoisi des souffles


rouge noir et bleu



aplat
pale
est ce le reflux
divergent
s’illumine
en moi
l’eau bleu des vert et subtiles
veines rouges


rudoyée
sinueuse eau
verte
si bleu
le rouge défend
et meurt
interroge
et renonce


ferme


rouge de mars
onde et rive
éclabousse
le vivre

s’absout
se retire noir
et brun
violet
et vide
plus rien



est ce le feu cette touffe cendrée
le givre dissout l’étreinte

la violence du choc fut telle
qu’île en elle
en trombe
le bleu soudain par l’éclat des yeux
évanouit
le jour


allumé
le feu regorge l’amertume
cette ride à l’espérance

astre majeur
le gouffre tombe aspire l’ajour
rive
cette déchirure
embrun
à l’écrin indigo


la chaleur africaine
robe en cercle
cerne
l’opposition féconde

à l’ombre l’oeil distille

mangues raisins myrtilles

la légende s’étincelle
les particules rêvent


vert
dans le feuillage à l’or

fine seule et belle
le rire d’onde plissé en œil

la fin hisse
se retire
désir
désabondée
la joie crie

terre



fragilité d’opale
cataclysme majeur
la secousse
fissure en bris de roches
d’un tremblement
la vrille spirale
en chute de fuite

est ce définitif ?


l’entrejambe de sang
desserre le licou d’hypnos
la vague meurtrière le désir ravage

c’est un fil tendu

perdu

aux lèvres de dédain
flamme


corps en offrande
les courbes se consument dans la douceur

eau

sous le fil de la brise
orangée claire
l’iris s’allume tonnerre


lumière



l’éclair sous l’indigo sombre
ramène les thrènes de la tristesse

comme des pétales de la nuit
le sourire éveille les aubes caressantes

rassurent la forte prise


les yeux
la bouche en étrenne
les longs cheveux
comme deux bras étreignent

parme vif les doigts caressent
soleil rouge
l’aurore du bout des seins


dans mon corps
se tremble une émeraude

d’eau
dévalent les grains de sable
cet émiettement de cristal

le corps
d’une seule larme s’étrangle
et
reflux
la joie désespérante


je

mon amour
ma source crépite à la surface brune.

Parfaite concordance et spontanéité chromatique

l’absolu
tout ensemble
intercède



cette constellation de braise éclaire
les tisons d’un épanchement noir

et
éloigner ramener au rivage


le vent

le vent

la nuit

l’aube

le sable

pli apaisé
la rive
et l’étoffe
survoltée


la courbe colorée

sans laquelle la droite se fige


Amina

mot question mot douleur
nom montagne splendeur brune
sereine
océane

j’agite cet appel comme une trachée de lueur
comme un autre mot pour dire aime
comme une voile havre du vent


tresse à traversée
ou nœud de plancher

mature
comme synonyme de l’ampleur

vague immobile dans le surf du temps


Amina

trouée du vert
à l’aplomb d’une certitude bleue
ligne de flottaison


rouge vive
fleur brune d’une renaissance


flanquée de l’absence magnifique
trois mots-lyre
marquent une survie



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